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Published on 4 juin, 2018

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Une approche interprofessionnelle en matière de soins à l’autisme

Remarque : Le Centre for Autism Services Alberta a été lauréat 2018 du Prix d’excellence en collaboration interprofessionnelle d’OAC.

Par Joanne Fodchuk, M. en Orthophonie, orthophoniste aut., O(C)

À titre d’orthophoniste au Centre for Autism Services Alberta situé à Edmonton, je travaille parmi une équipe interprofessionnelle qui sert les personnes de tous âges ayant des troubles du spectre de l’autisme (TSA). Cela signifie que je collabore avec des ergothérapeutes, des psychologues, des enseignants, des travailleurs sociaux, des médecins et des analystes du comportement (ou BCBA) tous les jours dans le cadre de mon travail.

Nos services sont axés sur les personnes et les familles touchées par les TSA. Nous travaillons ensemble à établir des plans de soutien uniques fondés sur l’exercice éclairé par des données probantes, les connaissances cliniques et, surtout, les besoins et les objectifs particuliers des clients.

À l’échelle du Canada, il y a un nombre croissant de mésententes parmi les professionnels dans le domaine des TSA. Mes fils de médias sociaux regorgent de messages mettant en doute le rôle des orthophonistes en TSA, notre savoir-faire lié aux troubles de la communication complexes et notre niveau d’expérience de travail auprès des clients appelés à relever des défis comportementaux. Dans les forums en ligne, les orthophonistes signalent un niveau de plus en plus élevé de stress ainsi que des tensions entre les pourvoyeurs de services qui questionnent — voire, minent — le rôle des orthophonistes.

Pourquoi mon équipe peut-elle travailler ensemble de manière concertée, tandis que des frictions entre les professionnels existent ailleurs?

Un motif qui explique ces frictions pourrait être un manque de compréhension au sujet de l’utilité des contributions respectives. En tant que professionnels, nous avons des rôles distincts — mais pourtant qui se chevauchent — dans le traitement des TSA. Travailler avec des personnes se situant le long du spectre de l’autisme est une aptitude intuitive chez les orthophonistes. Les défis de communication — le gagne-pain derrière les études, la formation et l’expérience d’un orthophoniste — sont fondamentaux au diagnostic des TSA. Notre savoir-faire en évaluation et en traitement des troubles de la communication font de nous des membres inestimables de toute équipe qui appuie les personnes ayant des TSA.

D’autres points qui pourraient exacerber les tensions entre les groupes professionnels sont les politiques gouvernementales et les formules de financement. Les différences dans la répartition des ressources publiques peuvent rendre difficile pour les professionnels la tâche de travailler ensemble en toute collégialité. Chez mon centre, les professionnels partagent le même employeur, les mêmes ressources et la même source de financement. Répartir le financement entre divers groupes professionnels donne lieu à des cloisonnements, mène à de la concurrence pour l’obtention des ressources et limite la collaboration. En bout de ligne, cela éloigne l’attention des soins axés sur les clients et les familles, ce qui devrait être la base de tous les services en TSA.

Un dernier facteur contributif des mésententes parmi les professionnels pourrait être que nous tentons tous de déterminer quelle approche est la bonne, comme si en quelque sorte les professions individuelles doivent revendiquer les interventions pour les personnes ayant des TSA. Ce faisant, nous risquons de perdre de vue notre objectif en tant que professionnels : appuyer les personnes se situant le long du spectre de l’autisme et leurs familles et les aider à réussir.

Le moment est venu de mettre un terme à toutes ces frictions.

C’est maintenant le moment pour nous tous de reconnaître que nous nous présentons autour de la table avec un ensemble unique de compétences, d’expérience et de formation et que nous devons prendre en compte tous ces éléments au moment d’appuyer les personnes ayant des TSA.

C’est aussi le moment pour les politiques de financement d’appuyer des approches au traitement souples et interprofessionnelles pour les personnes ayant des TSA. Les personnes et les familles touchées par les TSA ont tout à gagner de la sagesse collective d’une équipe interprofessionnelle. La recherche scientifique a montré que les personnes ayant des TSA composent un groupe non homogène. Il n’y a pas une seule méthode de traitement ou un seul professionnel qui peut servir tous le long du spectre de l’autisme.

Plutôt que de débattre de l’approche à utiliser ou de qui est le meilleur, nous devrions tenter de tirer des leçons les uns des autres. Conjuguons nos efforts et travaillons ensemble — songez à tout ce que nous pourrons accomplir si nous consacrons notre temps à collaborer plutôt que d’essayer de déterminer qui est « le meilleur ».

Je recommande vivement à tous les groupes professionnels qui offrent des services en autisme à réfléchir aux motifs derrière de leur travail auprès des personnes et des familles touchées par les TSA. Pour moi, je vise à aider les personnes ayant des TSA à concrétiser leur plein potentiel. C’est une tâche gigantesque que je ne peux accomplir à moi seule.

J’ai la chance de travailler dans un environnement qui a aidé notre équipe à tirer des leçons mutuelles et respectives en tant que professionnels. Avec un cadre philosophique qui promeut la collaboration interprofessionnelle, un modèle de financement provincial qui appuie la mise en commun des ressources et un accent mis sur les soins aux clients et aux familles, nous avons tissé des liens solides qui sont propices à une collaboration efficace. Cela a exigé du temps, de la patience, de l’ouverture, de la communication et, surtout, une attitude positive de la part de chacun autour de la table. Si nous avons su y arriver, je crois que tous en sont capables aussi.


À propos de l’auteure

Joanne Fodchuk relève du Centre for Autism Services of Alberta (le Centre) depuis 2015. Avant de joindre le Centre, Mme Fodchuk a travaillé à titre d’orthophoniste pendant plus d’une décennie en pédiatrie communautaire et scolaire, en milieux urbains et ruraux et dans des services tant privés que publics. Mme Fodchuk est actuellement présidente de l’Alberta College of Speech-Language Pathologists and Audiologists (ACSLPA). Elle possède un savoir-faire dans les domaines des troubles du spectre de l’autisme, de la télésanté et de la communication sociale. Mme Fodchuk nourrit des intérêts particuliers pour les domaines de la collaboration interprofessionnelle, de la formation au leadership et de l’amélioration de la qualité; et elle poursuit des études et travaille dans ces domaines, en ce qui a trait à la profession d’orthophonie.

 




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