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Published on 4 juin, 2019

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Regard sur la profession : orthophonistes en milieu scolaire (Michel)

Le rôle d’un orthophoniste en milieu scolaire comporte de nombreux aspects et varie d’une école à l’autre. Cependant, tout le monde s’entend sur un point : les élèves profitent des bienfaits des services d’orthophonie!

Les orthophonistes travaillent avec les élèves pour les amener à réaliser leur potentiel en matière de communication. En retour, cela aide les élèves à réussir pendant leur parcours, que ce soit en se faisant des amis, en faisant leurs devoirs ou en s’épanouissant.

Afin de mieux connaître le travail des orthophonistes en milieu scolaire, nous avons demandé à certains de nos membres de nous faire part de leur expérience en milieu scolaire.

Aujourd’hui, nous recevons le témoignage de Michel Vallières.

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Décrivez votre milieu de travail.

Je travaille comme orthophoniste pour le système scolaire public du Yukon (de la maternelle à la 12e année). Je suis l’un des quatre orthophonistes qui servent les 28 écoles du territoire, dont la moitié se situent dans des communautés rurales et l’autre, dans la région urbaine de Whitehorse. Notre bureau principal se trouve dans les locaux du ministère de l’Éducation, à Whitehorse. Les orthophonistes font partie des Services de soutien aux élèves, composés des services spécialisés aux élèves, comme la psychopédagogie, l’ergothérapie, la physiothérapie et le soutien spécialisé pour les troubles du comportement.

Auprès de combien d’élèves environ travaillez-vous au cours d’une année scolaire?

Nous nous occupons habituellement de 100 à 200 dossiers d’élèves par année.

Pouvez-vous nous parler d’un aspect de votre poste qui est particulier?

Les orthophonistes du ministère de l’Éducation du Yukon ont un rôle de conseillers. Nous passons la majorité de notre temps à fournir des conseils au personnel des écoles au sujet de problèmes particuliers de la parole et du langage, à faire de l’observation en classe, à effectuer des évaluations de la parole (articulation) et du langage (oral et écrit), à rédiger des rapports, à rédiger et à superviser des programmes qui sont mis en œuvre par des aides en santé de la communication ou des aides-enseignants, à participer à des rencontres avec des parents et du personnel des écoles et à offrir des séances de formation professionnelle. Nous n’offrons pas de services d’intervention directe aux élèves.

Comme plusieurs écoles en milieu rural sont très éloignées de Whitehorse (plusieurs centaines de kilomètres pour la plupart, dont une [Old Crow] n’est accessible que par avion), nous passons aussi beaucoup de temps en déplacement. En général, nous visitons chacune de nos communautés rurales deux à trois fois par année.

La population de notre territoire se compose en grande partie d’élèves des Premières nations, dont une plus grande proportion se trouve dans des communautés rurales. D’autres groupes culturels et linguistiques sont aussi présents, majoritairement à Whitehorse. Entre autres, certaines écoles de Whitehorse comprennent une assez forte proportion d’élèves d’origine philippine. Whitehorse compte aussi une école primaire et une école secondaire qui fonctionnent entièrement en français.

À quoi ressemble l’une de vos journées normales?

Nos journées varient considérablement. Nous passons certains jours entiers dans les écoles, ce qui comporte habituellement des activités comme des consultations auprès des enseignants ou des aides-enseignants, des rencontres avec l’équipe de soutien de l’école et la réalisation d’évaluations. Il arrive que nous passions des journées entières au bureau pour rédiger des rapports ou préparer des programmes, travailler en collaboration avec nos proches collègues (psychopédagogues, ergothérapeutes, spécialistes du comportement, etc.), effectuer des recherches ou assister à des réunions. Lorsque nous sommes en déplacement, nous passons une grande partie de notre journée de travail sur la route ou dans des avions, selon la destination.

Comment votre rôle s’inscrit-il dans la journée d’un élève?

Nous rencontrons les élèves pendant les heures de classe. Généralement, un élève qui bénéficie d’un soutien linguistique me rencontre trois à cinq fois au cours de l’année scolaire, plus ou moins à intervalles réguliers. Ces élèves font des exercices deux fois par semaine avec l’aide en santé de la communication de l’école (région urbaine) ou un aide-enseignant formé à cet effet (région rurale) qui met en œuvre les programmes linguistiques des élèves sous ma supervision. Un élève qui reçoit une évaluation linguistique me rencontrera pendant les observations en classe et au cours de quelques séances d’évaluation individuelles. Plusieurs de nos recommandations au sujet du développement du langage, qu’elles portent sur un élève en particulier ou sur l’ensemble des élèves, sont mises en œuvre dans la classe par les enseignants ou les paraprofessionnels.

Qu’est-ce qui constitue la meilleure partie de votre travail?

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le temps consacré au contact direct avec les élèves. J’aime aussi les séances de formation avec les enseignants et les paraprofessionnels, dont certains démontrent une curiosité insatiable à l’égard de mes sujets de spécialisation. Voyager partout au Yukon s’avère aussi profondément gratifiant, non seulement en raison des magnifiques paysages, mais aussi parce que cela m’aide à élargir mes horizons quant à l’étendue de notre diversité culturelle, ce qui mène inévitablement à de profondes réflexions sur la raison d’être fondamentale de l’éducation.

Quelle est l’une des parties les plus difficiles de votre travail?

L’un des aspects difficiles de mon poste est le manque d’interventions directes auprès des élèves. La rareté des contacts avec les élèves fait qu’il devient difficile de bâtir une relation durable avec eux et cela empêche de vivre le processus gratifiant qui s’opère lorsqu’on est témoin des progrès d’un élève en temps réel.

Point à retenir : Que voulez-vous que les gens sachent à propos de votre travail d’orthophoniste en milieu scolaire?

Selon ma propre expérience, beaucoup de gens associent notre profession à la correction des problèmes d’articulation et de bégaiement. L’un de nos rôles les moins connus est le rôle primordial que nous jouons dans le soutien du développement du langage et de la littéracie, les deux ayant d’importantes conséquences sur le plan pédagogique et social. Le langage, d’abord dans sa modalité orale et, rapidement par la suite, dans sa modalité écrite, est le principal outil cognitif utilisé dans l’acquisition de la plupart des disciplines scolaires et en réponse aux exigences de plus en plus complexes des interactions sociales. Par conséquent, l’effet négatif des difficultés langagières tend à s’accroître avec le temps et à s’étendre à beaucoup d’autres domaines, ce qui finit par limiter les possibilités qui s’offrent à l’élève dans sa vie. Les orthophonistes, grâce à leurs connaissances des documents scientifiques sur les pratiques efficaces et à leur formation particulière en linguistique et en développement de l’enfant, sont les plus qualifiés pour aider à réduire les difficultés langagières que vivent des élèves vulnérables, de même que les coûts que ces difficultés suscitent sur le plan social.

À propos de Michel Vallières

Michel Vallières est un orthophoniste certifié qui a fait sa maîtrise à l’Université Laval, à Québec, en 2013. Il détient aussi un doctorat en théorie musicale de l’Université McGill. Il est orthophoniste au ministère de l’Éducation du Yukon depuis août 2013.




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